1870 / 1871

(Texte André Larger)

De Vauban à Denfert

Solide place de guerre de seconde ligne face au Rhin et entrepôt pour des troupes obligées de se battre en Alsace et sur la frontière, la ville, qui a doublé de superficie grâce à Vauban et est devenue un important nœud commercial au carrefour de plusieurs voies routières majeures, vit en paix jusqu'à la fin de l'Empire. Le 22 décembre 1813 les coalisés franchissent la frontière du Rhin et, le 24, Belfort est investi le 24 décembre, veille de Noël. Défendue par le commandant Legrand, la ville résiste jusqu'au 12 avril 1814, subissant 113 jours de siège et des destructions considérables. Durant les Cent Jours, le général Lecourbe défend à nouveau victorieusement la place-forte jusqu'à l'armistice de Bavilliers le 11 juillet 1815.

Sous la Restauration et la Monarchie de Juillet, le général Haxo entreprend de moderniser et de compléter sa fortification, en établissant un véritable camp retranché défendu, outre le château, par deux ouvrages nouveaux, les forts de la Miotte et de la Justice. Non industrialisée, Belfort ne se développe que très lentement, malgré l'arrivée du chemin de fer en 1855.

Lorsque le 19 juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse, la place est dans un état d'impréparation totale. Le colonel Denfert-Rochereau, présent à Belfort depuis 1864, est nommé commandant supérieur de la place de Belfort à la veille du siège. La ville est investie le 3 novembre mais les Prussiens ne sont en mesure de la bombarder qu'à partir du 3 décembre. Elle est dès lors soumise à un déluge de fer et de feu qui va durer 73 jours et causer des destructions considérables. L'armistice du 13 février 1871 met fin aux combats. Le colonel Denfert-Rochereau et ses hommes quittent Belfort, les 17 et 18 février, avec armes et bagages.

Son héroïque résistance vaut à la ville, suite au traité de Francfort signé le 10 mai 1871, d'être détachée du Haut-Rhin annexé et de former, avec 105 communes proches, le Territoire de Belfort. Sans en avoir le titre, Belfort jouit dès lors de la majorité des prérogatives d'un chef-lieu de département. Elle subit l'occupation prussienne jusqu'au 1er août 1873.

Photographie:Thomas Bresson