Statues, Squares et Fontaines

(Texte André Larger)

Le monument des Trois Sièges

Erigé au centre de la place de la République, le monument des "Trois Sièges" rappelle le souvenir des 3 officiers sous le commandement desquels Belfort a résisté victorieusement par 3 fois au cours du XIXe siècle:

- Le commandant Legrand en 1813-1814

- Le général Lecourbe en 1815

- Le colonel Denfert-Rochereau en 1870-1871

Conçu par Frédéric Auguste Bartholdi (1834-1914), tout comme le Lion, il n'était pas terminé à la mort du sculpteur le 4 octobre 1904. Ce sont ses élèves et amis Louis Noël et Auguste Rubin qui l'ont achevé. A la suite d'un différend survenu entre la veuve du sculpteur et la municipalité belfortaine - cette dernière rechignant à respecter le contrat la liant à l'artiste - le monument n'a été mis en place que bien des années plus tard. Il a été inauguré le 15 août 1913.

Parmi les trois défenseurs de Belfort, dont le souvenir est rappelé, le colonel Denfert-Rochereau occupe la place d'honneur face à la préfecture. Le motif central représente, selon Bartholdi, : " La ville de Belfort apportant une branche de laurier à la France qui lui attache la Légion d'Honneur. Derrière ce groupe deux jeunes gens représentent la jeune Alsace se réfugiant à Belfort avec le drapeau de la Patrie." 3 rangs de pierres de grès rose sont inclus dans le socle. Ces pierres proviennent du front de la Porte de France de l'enceinte de Vauban. Bartholdi a tenu à les intégrer dans son œuvre car elles ont été les témoins directs des trois sièges subis par Belfort.

De gauche à droite, le colonel Denfert-Rochereau (1823-1878) - le général Lecourbe (1759-1815) et le commandant Legrand (1759-1824).


La statue "Quand-Même"

En 1878 le conseil municipal décide l'érection "sur une place de la ville d'un monument destiné à perpétuer le souvenir de la conservation de Belfort à la France et la mémoire des deux grands citoyens, Thiers et Denfert, auxquels elle est due." Les élus ayant décidé d'y consacrer le reliquat provenant de la souscription du Lion et ayant écarté le projet présenté par Auguste Bartholdi, plusieurs procès opposent la ville de Belfort au sculpteur et au Comité du Lion.

Le projet retenu est celui d'Antonin Mercié (1845-1916) exposé en 1882 au Salon de Paris où il reçoit une critique élogieuse. Mercié a appelé son oeuvre "Quand-Même" car elle est destinée à symboliser "la lutte quand-même" dans l'espoir que l'Alsace redevienne française malgré la mort qui frappe sans pitié. Livrée à Belfort en janvier 1883, mais victime de rivalités politiques, l'oeuvre d'Antonin Mercié n'est pas mise en place immédiatement. Elle est déposée provisoirement dans un hangar. La première pierre du socle est scellée le 16 juillet 1884. A l'intérieur de ce dernier est placée une cassette renfermant des documents relatifs à l'érection du monument et contenant les noms de personnages historiques de l'époque, tant locaux que nationaux. L'inauguration officielle a lieu le 31 août 1884. Erigé primitivement au sud de la place, devant l'hôtel de ville, le monument est déplacé en 1905 et doté d'un nouveau socle lorsque le kiosque à musique actuel est édifié. 

La statue "Quand Même" est l'œuvre du sculpteur Antonin Mercié.

Le sculpteur a représenté une Alsacienne en costume traditionnel, soutenant d'une main un mobile, tenant de l'autre le fusil du blessé et tournant la tête en direction des auteurs de tant de malheurs.

Square de la Roseraie

Le terrain sur le quel le square est implanté appartenait jadis à la SACM (ancêtre d’Alsthom). En 1891 il a accueilli le premier marché du faubourg. En 1912, un kiosque à musique a été édifié en son centre et mis à disposition de l’Harmonie de la SACM pour y donner des concerts. En 1924, le terrain est cédé à la ville. Le marché est transféré plus au nord et, en 1930, le maire Lévy-Grunwald décide de l’aménager en square. Le nouveau square est composé de 2 parties : une roseraie, de l’avenue Jean-Jaurès jusqu’au kiosque et, au-delà, un jardin public coupé de larges allées bien ombragées où les jeunes enfants peuvent s’ébattre. Les travaux sont réalisés l’année suivante.

Le kiosque à musique où se produisaient régulièrement la Lyre Belfortaine et l'Harmonie des Usines. 

La "Tendresse" du square de la Roseraie

La statue "La Tendresse", mise en place en mars 1932, est l'oeuvre du sculpteur parisien Jean Camus, lequel a tenu à faire graver sur son socle l'inscription : A la tendresse universelle / Pour la paix des hommes".

 Square Émile-Lechten

L’idée d’aménager un square à l’entrée du faubourg des Vosges (avenue Jean-Jaurès) remonte à 1920. Ce n’est toutefois qu’en 1925, sur l’impulsion du maire Edouard Lévy-Grunwald, que les travaux d’aménagement d’un jardin public sont lancés. Sur un terrain en friche qui n’était utilisé jusque-là que comme dépôt de matériaux par un entrepreneur, parterres et allées sont tracés afin de mettre en valeur le groupe monumental d’Horace Daillon « L’âge de pierre ». Emile Lechten (1895-1961), nouvellement nommé jardinier en chef de la ville, introduit, pour l’ornementation des parterres, la technique de la mosaïque florale. Les motifs floraux qu’il crée suscitent l’admiration de tous. C’est le début du fleurissement de la ville aujourd’hui récompensée par une 4ème fleur. Le square est inscrit sur l’annuaire supplémentaire des monuments historiques depuis 1992.

Le groupe monumental L'Age de Pierre (square Émile-Lechten)

Ce groupe en marbre blanc de Carrare, commandé par l'Etat au sculpteur Horace Daillon (1854-1937) pour le Jardin des Plantes à Paris et qui obtenu la médaille d'honneur au Salon de 1924, a finalement été installé à Belfort en juin 1926. Le square a ensuite été aménagé afin de le mettre en valeur. Il représente "une femme qui a été blessée dans un combat, probablement livré aux ours des cavernes; elle est évanouie, et est transportée sur une branche de chêne transformée en brancard, par son mari et son vieux père, marchant dans une clairière où poussent les fougères. Leurs figurent expriment à la fois la douleur et la résignation."

A l'époque, la nudité des personnages a déclenché une vive polémique. La presse cléricale, soutenue par la Ligue de la Moralité publique, s'est élevée "contre ce monument scandaleux qui déshonore le square". Elle y voyait "un outrage public à la pudeur" , prédisait que "jamais, au grand jamais, d'honnêtes mères de famille n'accepteront d'emmener leurs enfants dans un lieu offrant un spectacle aussi dégradant" et tirait à boulets rouges sur "les municipalités qui, sous prétexte d'art, exhibent des nudités dans les squares où vont jouer les tout-petits". La presse républicaine, prenant le contre-pied, louait au contraire "la beauté des lignes et la simplicité de l'oeuvre provenant d'un parfait équilibre des masses auquel est parvenu l'artiste." L'inauguration, le 14 juillet 1926, en présence du sculpteur et de son épouse, s'est déroulée sans incident et la polémique s'est éteinte très rapidement.

Enfants à la vasque (square Émile-Lechten)

En 1928, un agrandissement du square permet la construction d’un bassin orné de «deux enfants à la vasque» provenant des fonderies du Val - d’Osne. A la fin des années 1980, « les deux angelots, subtilisés de nuit par des voleurs, sont retrouvés lors d’une vente aux enchères à l'autre bout de la France.

La "Fin de danse" (square Émile-Lechten)

Bronze de Pierre Fournier des Corats (1883-1953) situé square Émile-Lechten. Mis en place en 1928, il représente une danseuse «terminant un exercice chorégraphique sur la pointe des pieds, le bras droit plié gracieusement derrière la tête, elle lève le bras gauche et étend un voile qu’elle tient dans main gauche».

Square du "Souvenir"

Le square du Souvenir a été spécialement aménagé pour accueillir un monument aux morts en hommage aux combattants de la Première Guerre mondiale. Il est situé à l'emplacement d'un ancien champ de foire.

Le square est terminé en 1927. Une fois le portail monumental oeuvre du ferronnier belfortain Charles Schick (1877-1934) mis en place, deux fontaines sont installées à l'entrée.

La statue "le gaulois mourant" du sculpteur Léon Alexandre Delhomme (1841-1895) a été offerte par l'Etat à la ville de Belfort en 1874 et placée dans le square en 1829.

Le monument aux morts (square du "Souvenir")

Décidée en 1920, la construction de monument aux morts a fait l’objet de vives polémiques au sein du conseil municipal entre radicaux et socialistes. Le monument, conçu par l’architecte parisien Albert Le Monnier et réalisé par le statuaire Georges Verrez (1877 - 1933), est inauguré le 30 novembre 1924. Il est l’objet de critiques en raison de la lourdeur de la déesse ailée qui le surmonte et qui, au goût de certains, ressemble trop à une « Germania ». Le square est établi ensuite sur des plans d’Albert Le Monnier. Le 10 mai 1932, le maire de Belfort Édouard Lévy - Grunwald, se donne la mort derrière le monument.

Au pied du monument, un mémorial dédié aux Belfortains morts pour la France au cours du XXe siècle et composé de plaques de bronze sur lesquelles sont gravés 1891 noms, a été inauguré le 10 novembre 2000.

Déesse ailée surmontant le monument aux morts.

Le Gaulois mourant (square du "Souvenir")

Ce marbre de 1,20 mètre a été réalisé par Léon-Alexandre Delhomme qui est également l'auteur d'une statue de Louis Blanc, place Monge à Paris. Cette statue fut déposée par l'Etat au musée de Belfort en 1874. En 1929, le Conseil Municipal décide de la placer dans le du "Souvenir".

Œuvre du sculpteur Léon-Alexandre Delhomme (1874).

Fontaines (square du "Souvenir")

Deux fontaines symétriques encadrent l'allée principale du square. Un bassin trifolié situé à l'intérieur d'un autre bassin en demi-cercle est appuyé contre un mur bas. Il est alimenté par 3 mascarons : un masque humain au centre et 2 masques de lions sur les côtés. A l'arrière une demi-vasque collée au mur est alimentée par un autre masque humain. L'une des 2 fontaines porte la signature des entrepreneurs Andréani et Baruffaldi. Elles ont été installées lors de l'aménagement du Square en 1927.

 

Détail de l'ornement.

Monument des Fusillés et Déportés

L’idée de ce monument remonte aux années qui ont suivi la libération de Belfort, en 1944. L’œuvre, conçue par le sculpteur parisien Hubert Yencesse, à l’initiative de Pierre Dreyfus-Schmidt et du docteur Braun, président de l’Union des Vrais Résistants, représente "un homme qui, au moment d’être fusillé, se tient debout, les bras levés dans une atitude de sacrifice et de fier défi à la mort" Avant son arrivée à Belfort en 1950, le peintre Jean Bersier imaginait déjà l’effet qu’elle produirait : "Quand la lumière du ciel palpitera, dans sa solitude devant le grand mur nu nous serons saisis et l’âme de nos morts viendra tout naturellement donner à l’airain sa vie éternelle." La place au centre de laquelle elle se dresse a été dénommée "place Anne Franck" en 1992.

La statue d'Edith Cavell

Infirmière anglaise, directrice d'une école d'infirmières à Bruxelles, Edith Cavell (1865-1915), a été exécutée d'une balle dans la tête par un officier allemand le 12 octobre 1915, pour avoir facilité l'évasion de prisonniers de guerre. La barbarie de cette exécution a eu un impact considérable sur l'opinion publique mondiale et a contribué, tout comme l'affaire du Lusitania, à l'intervention des Etats-Unis dans le conflit. En France, une cérémonie à sa mémoire a été organisée au Trocadéro, à Paris, le 15 novembre 1915, en présence du président de la République et d'une foule considérable. Devenue une figure mythique, Edith Cavell a vu son nom donné à un grand nombre d'écoles d'infirmières et de rues.

Sa statue, oeuvre du sculpteur Hippolyte Lefèbvre, grand prix de Rome en 1892, a été déposée par l'Etat à Belfort en 1925 et inaugurée le 7 août 1926. Dans la nuit du 24 au 25 décembre 1940, un commando allemand a arraché la statue, au moyen d'un câble attaché à un camion, et l'a mutilée. Les débris ont été mis à l'abri et, à la Libération, elle a été restaurée et remise très rapidement en place.

Au poilu de la grande Guerre

Œuvre du sculpteur Léon de Leyritz élève d’Antonin Mercié. Financé par souscriptions, il est mis en place en avril 1928 et inauguré le 24 mai de la même année. Il représente le « soldat vainqueur » au lendemain de la guerre 1914-1918. Sur le socle sont gravés quelques vers d’un poilu, Sylvain Rogé (1891-1916) tué à Douaumont le 24 mai 1916 :

D’autres heures naîtront plus belles et meilleures

La victoire luira sur le dernier combat

Seigneur faites que ceux qui connaîtront ces heures

Se souviennent de ceux qui ne reviendront pas.

"Le Poilu", bronze de Léon de Leyritz (1927).

Le cycliste (1975) oeuvre du sculpteur Jean-Marie Bourquin

Les jeux d'eau

Fresque murale d’Ernest Pignon-Ernest (1988)

Ce mur figure une allégorie du dialogue entre les civilisations latine et germanique, au confluent desquelles s'inscrit le Territoire de Belfort. L'oeuvre présente quarante-six personnalités qui se sont illustrées par leurs pensées, leurs actes ou leurs créa-tions.

De gauche à droite : Marlène Dietrich, Karl Marx, Maximilien Robespierre, Denis Diderot, Ludwig Van Beethoven, Robert Desnos, Simone Weil, Guillaume Apollinaire, colonel Pierre-Philippe Denfert-Rochereau, Jean-Jacques Rousseau, Voltaire, Johann Wolfgang von Goethe, Louis-Ferdinand Céline, Gustav Malher, Sigmund Freud, Louise Michel, Frédéric Auguste Bartholdi, Marie Curie, Friedrich Hölderlin, Hector Berlioz, Richard Wagner, Friedrich Nietzsche, Albrecht Dürer, Gérard de Nerval, Georg Büchner, Victor Hugo, Stefan Zweig, Dante Alighieri, Jean-Paul Sartre, René Char, Erich Von Stroheim, Rosa Luxemburg, Pablo Ruiz Picasso, Arthur Rimbaud, Albert Einstein, Wolfgang Amadeus Mozart, Käthe Kollwitz, Bertolt Brecht, Molière, Friedrich von Schiller, Thomas Mann, Madame de Staël, Rainer Maria Rilke, Heinrich Heine, Romain Rolland.